Étant donné que mon collègue gaulois a campé les bases de ce qu’est une externalité, nous n’allons pas y revenir. Nous allons plutôt nous concentrer sur un sujet d’ordre plus spécifique à savoir les externalités environnementales. À la première lecture, les ¾ de la population vont dire « qu’est c’est ça ? ».Et là je reprendrais, en grand sage que je suis, les écrits de mon cher ami R. Stiglitz qui sont : « les coûts et les avantages d'une transaction non pris en compte lors d'une transaction de marché ». La pollution en général est un exemple on ne peut plus concret d’externalité négative. Un phénomène qui lie le domaine environnemental avec le domaine économique. Pourtant ces deux facteurs sont opposés. De fait, un des concepts fondamentaux de l’économie est la rareté. Or la pollution est un problème dû à son abondance ! Mais qu’est-ce que la pollution me direz-vous ? La pollution est un fait dont tout le monde pourrait donner une définition qui s’apparente mais n’est pas pour autant la même. En un mot toutefois, nous pouvons la définir comme la dégradation d'un biotope par l'introduction, généralement humaine, de substances ou de radiations entraînant une perturbation plus ou moins importante de l'écosystème[1].
Afin de parer à celle-ci, le législateur a mis en place un cadre réglementant les actions de l’homme sur l’environnement. Quelle belle idée me direz-vous ! Et je l’avoue, ce n’est pas moi qui vous contredirais ! Mais lorsque vient le temps de la quantifier et de la comptabiliser, le flou commence à pointer le bout de son nez. Surtout lorsque nous parlons d’externalités environnementales positives ou négatives. De fait, de par son caractère indirect, la majorité des gens est moins portée sur la question. Un jour, le grand sage Henri nous dis « lorsque tu appuies sur le piton de ton démarreur à distance pour faire dégeler ton windschield, sais-tu que c’est une action qui n’est pas grave pour le p’tit gars qui fait le geste, mais qui en fait est une externalité due à son impact sur l’environnement par la pollution de l’air qui devra un jour ou l’autre être supporté par un autre agent ?». C’est justement avec ce laïus que nous allons développer la suite de notre argumentaire. Et de fait, de quelle façon allons-nous pouvoir calculer la pollution engendrée par les 10 minutes moteur du p’tit gars qui tourne dans le vide ? D'ailleurs, c’est la même question que nous pouvons transposer à l’ensemble des secteurs industriels, étant donné que le but ultime de la comptabilisation est de pouvoir mettre un chiffre sur un fait. Cela afin de pourvoir l’inclure dans les états financiers. Ces derniers reflétant ainsi la réalité des actes posés par l’entreprise.
Dans ce cas-ci, nous parlerons t’internaliser les externalités environnementales. Oups ! Je suis sur qu’à la lecture de la dernière partie, je viens de perdre la moitié des lecteurs… « Internaliser » une externalité négative signifierait, pour une entreprise, qu’elle devra prendre en compte dans ses calculs d’opportunité les coûts associés à la dépollution ou à la dégradation de l’environnement. Et pour ceux qui sont plus visuels, j’en remets une couche avec un schéma basé sur l’équilibre de PARETO :
Dès lors, l’objectif de la régulation environnementale est d'internaliser les coûts provoqués par la pollution dans le prix du produit. Ainsi, les consommateurs ont tendance à acheter une quantité plus faible du produit incriminé qui est plus cher. De fait, les entreprises sont censées moins en produire car elles en tirent moins de bénéfices. Il faut avouer que sur le papier c’est beau…mais la réalité est toute autre. Nous sommes dans une ère de surconsommation dans l’ensemble des secteurs. Même l’amour est fortement touché ! Nous voulons tout, tout de suite ! Et cela à un prix modique. Ce cher Monsieur Pareto nous dit que nous, consommateurs, sommes prêts à payer plus en sachant que le produit prend en compte l’ensemble des externalités environnementales. Ce qui, dans le même temps, fera diminuer la demande, donc la production et, de fil en aiguille, la pollution directe et indirecte. Allez dire à la petite madame du coin que son kilo de banane va lui couter 6 $ parce que l’entreprise a pris en compte l’ensemble des coûts incluant ceux sur l’environnement. Je suis sûr qu’elle va se dire « Koudonc, va arrêter d’acheter des bananes et va prendre des pommes de l’île d’Orléans ».
En extrapolant, cet acte va avoir un effet direct sur la consommation de bananes et les externalités sociales dues aux manques de retombées économiques dans les pays producteurs de ce doux fruit. Nous pouvons encore extrapoler davantage. Si le coût des bananes augmente, celui des pommes augmentera lui aussi. Ce qui va faire diminuer leur consommation et ainsi augmenter le nombre de personnes sous vitaminés, ce qui influera sur le nombre croissant de malades qui seront assumés par le système de soin de santé. Ces coûts seront des externalités négatives dues à l’augmentation des prix, qui eux-mêmes seront influencés par la prise en compte des futures externalités environnementales des systèmes de production. Après avoir lu les quelques lignes du dessus, vous me direz, mais il est malade ! Et je répondrai « enfin quelqu’un qui m’a mis à jour !».
Le message que j’ai voulu faire passer par ma petite mise en situation est le suivant : dans notre système tout est tellement inter-relié que dès qu’il y a un petit changement dans un secteur, l’ensemble de l’économie peut être gravement touché. D’ailleurs cette démonstration peut-être entérinée par la crise de 2008. Quel est le lien entre le secteur bancaire et le gars qui vend des noix de coco ? De prime à bord il n’y en pas. Pourtant, l’ensemble des secteurs a été touché de plein fouet. Dès lors, tout changement doit être pris avec prudence. Y compris lorsqu’on parle « d’externalité environnementale » avec pour but de les « internaliser ». Les prendre en compte tout simplement. De toute façon, avant de pouvoir les comptabiliser il faudrait avant tout pouvoir les quantifier. Là est toute la difficulté.
De fait, les externalités sont un véritable casse-tête lorsqu’ arrive le moment de les quantifier pour les comptables. Cela est dû en partie à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, mais aussi au caractère souvent immatériel de chaque externalité. Afin de pouvoir étayer nos connaissances et notre compréhension, nous allons prendre comme exemple le rejet dans l’air de polluants, et tout particulièrement de carbone. La façon de calculer les rejets à l’air est assez simpliste : il suffit de calculer le volume émis par l’entreprise et la dispersion atmosphérique ainsi que leurs impacts. Par la suite, on calcule la valeur monétaire des effets. Jusqu’ici cela à l’air cohérent.
Pourtant, c’est à cet instant précis que nous pouvons commencer à remettre en question l’ensemble d’un tel fonctionnement. Premièrement, je me suis toujours demandé comment des entreprises et des états arrivent à calculer le nombre d’émissions de CO2 rejeté dans l’atmosphère aussi précisément qu’ils ne le font. Il est vrai que quelques milliers de tonnes en plus ou en moins, sur plusieurs centaines de millions, ne changeront pas notre mutation future en 3e œil mais tout de même. Deuxièmement, comment peut-on donner une valeur monétaire à de l’air qui n’appartient à personne tout en songeant que tout ce qui se négocie à un prix. Je ne me vois pas encore aller chez Métro demander un litre d’air contenant du CO2 à très haute concentration. Cela dit, avec l’ouverture du marché climatique de Montréal cela devrait être plus facile étant donné qu’il transige les contrats relatifs aux émissions de polluants atmosphériques et de GES (Gaz à Effets de Serre). Mais encore ici ma grand-mère dirait « Greg, ils sont fous, on transige n’importe quoi, où est le bon vieux temps !». J’acquiesce : où allons nous nous arrêter ? Cela équivaudrait à donner une valeur monétaire une vie. Ici le postulat serait : « Je te donne de fric, tu me donnes le droit de polluer ».
D’ailleurs, en 2004, les normes IFRS ont normalisé la comptabilisation des droits d’émissions, mais ceux-ci, comme par hasard, ont été retirés en 2005 suite aux pressions externes. Ces dernières ne doivent venir que des entreprises multinationales ainsi que des plus grands états pollueurs ! Arrivés ici nous pouvons déjà voir l’ampleur de la réalité. Attardons-nous un instant sur l’idée que même si les entreprises arrivent à quantifier et monnayer les rejets de CO2, quand est-il des dommages collatéraux ? Parce qu’une telle « externalité » crée bel et bien un dommage sur la population. De fait, les retombés des nuisances s’effectueront sur des périodes plus ou moins longues ce qui, rien que du point de vue financier, est déjà irréaliste en sachant qu’un dollar aujourd’hui ne vaut pas un dollar demain. De plus, la santé des gens sur le moyen ou long terme sera affectée et engendrera des frais médicaux, soit assumés par l’Etat, soit par les assurances qui de toute façon se rétribueront sur des cotisations (l’Etat par l’impôt ou le déficit).
Mais là ne s’arrête pas la démonstration, une population en moins bonne santé produit moins et consomme moins. Cela aura un impact sur l’économie. Dès lors, dans le calcul monétaire du rejet des GES, tous ces paramètres sont-ils pris en compte ? Cela dit, certaines langues me diront : « pourquoi les calculer étant donné que du point de vue macroéconomique l’ensemble mondial s’équilibrera part l’entremise de ladite pollution ? ».Pas fort…mais pas con non plus comme réflexion. Cette dernière sera très prochainement débattue par nos soins.
Tout ce qu’il faut retenir de tout ceci c’est que les externalités, en matière d’environnement, sont loin d’être uniquement bilatérales : elles concernent souvent des biens publics et ont alors des impacts sur de multiples parties. Aussi, l’intervention de l’État est nécessaire afin d’introduire, au sein des décisions des entreprises, la prise en compte des problèmes environnementaux auxquels elles contribuent par l’entremise de réglementations. Et cela, en espérant qu’elles soient suivies.
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pollution
Bonjour,
RépondreSupprimerJe me permets, étant votre plus grand admirateur et fan incontesté, d'émettre un petit commentaire.
Je me questionne profondément sur les bases même du concept d'externalité.
En fait, je crois bien comprendre le concept sous-tendant l'externalité; intégrer aux états financiers les conséquences présentes et futures des actions actuelles de l'entreprise. Cela me cause cependant un problème majeur; comment peut-on espérer quantifier des impacts, alors que la communauté scientifique internationale ne s'entends même pas sur si un impact existe réellement quant à l'émission de gaz à effets de serre.
Voici un petit lien où l'on mentionne que de fortes dissensions existent entre les communautés scientifiques sur un éventuel réchauffement climatique et l'activité humaine. Et encore là, les articles sont nombreux à ce sujet:
http://www.centpapiers.com/rechauffement-scientifique-le-vrai-faux-mythe-du-consensus-scientifique/2647/
Il ne s'agit que d'un petit exemple des problèmes qui me semblent être à la base même du concept d'externalité; les impacts, en plus d'être difficilement mesurable, ne peuvent même pas être définis comme existant avec certitude. Donc, la question n'est plus "Combien coûte un truc-litre de CO2" mais bien "Est-ce que l'émission de CO2 coûte réellement quelque chose"?
Je me demande donc si un consensus international existe quant à la qualification ou la quantification d'éléments poluant? Est-ce que, lors de vos innombrables recherches, vous seriez tombé sur une espèce de table déterminant ou quantifiant ce qui a un impact ou non sur l'environnement? Je n'ai malheureusement rien trouvé à ce sujet et vous serais bien gré de me rediriger si vous trouvez quelquechose.
Pour résumer, je crois que l'implantation du concept d'externalités environnementales dans les états financiers des entreprise serait l'aboutissement d'un réel consensus scientifique international bien appuyé, qui définirait exactement tous les éléments ayant un impact sur l'environnement. À partir du moment où l'on a une preuve d'un impact, on peut le quantifier, puis le transformer en bidous ($). Mais à mon sens, ce n'est pas demain la veille!
J'aimerais beaucoup avoir votre avis sur la question.
Merci de me publier,
Alexandre
Bonne remarque que tu nous postes là ! En effet, les scientifiques ne sont pas tous d'accord quant à savoir si l'activité humaine est vraiment le coupable n°1 du réchauffement climatique. Je ne sais pas moi-même. Mais tu parles d'un problème de pollution en particulier.
RépondreSupprimerNe viens pas me dire qu'une entreprise chimique rejetant ses produits dans un fleuve nous convaincrait en disant que, si tous les poissons sont morts contaminés, ce n'est sans doute pas de sa faute. C'est de sa faute et on peut le chiffrer : quelle perte pour les pécheurs, au niveau des touristes...? On peut même remonter la chaine alimentaire s'il le faut.
Alors oui bien sûr y imputer des coûts serait approximatif, mais l'entreprise, de cette façon, intègre l'environnement au sein de ses "murs". C'est loin d'être précis je te l'accorde. C'est déjà un début, il faut poursuivre.
Dans un monde parfait, on ne se poserait pas la question de savoir combien coûte de polluer mais comment ne plus du tout polluer, ou du moins ne plus "bousiller" notre éco-système.
Permettez-nous d’ajouter qu’un problème important, le concept d’internaliser les externalités semble être le fait que toutes les parties prenantes souhaitent que des actions soient prises, mais que personne ne veut vraiment se mouiller. Juste pour reprendre vos exemples; les consommateurs veulent des produits écolos… sans avoir à payer pour. Ou encore on veut faire paraître aux états financiers les droits d’émissions, mais on cède sous les pressions des entreprises. Ou le gouvernement souhaiterait mettre des règles en places, sans qu’elles soient trop sévères et fassent fuir les investissements intéressants. Cela nous semble être un obstacle majeur qui explique le quasi statu quo que connaît présentement la gestion écolo.
RépondreSupprimerVéronique et Jennifer