vendredi 9 avril 2010

Un oiseau mazouté combien ça coûte ?

Entre un perroquet Arras et un oiseau mazouté qui a-t-il comme différence ? Vous me direz que l’un est plein de mazout et est proche de l’agonie tandis que l’autre va se retrouver dans une volière, dans le coin d’un salon d’une maison huppée ! Je vous répondrais que vous avez entièrement raison. Je renchérirais sur le fait que les deux sont des oiseaux ; mêmes si de race différente. Mais pour l’un, il est très facile de donner une valeur. L’autre non ! En effet, il y a un marché pour l’Arras. Ce qui facile la quantification monétaire. Tandis que l’autre… non. Il est vrai que le contexte est un peu tiré par les cheveux, mais je voulais simplement faire comprendre que pour deux oiseaux dans des contextes différents, l’un est victime de sa beauté et de son succès tandis que l’autre est victime d’un naufrage pétrolier. Le coût est facilement quantifiable pour l’Arras et presque impossible à donner pour l’oiseau Exxon-Valdezé ! Cela nous donne un exemple de difficulté de quantification monétaire d’une externalité environnementale.

Rassurez-vous cher lecteur, tout n’est pas perdu ! En effet, la comptabilité environnementale a, depuis quelques années, développé des méthodes de quantification monétaire. D’ailleurs, nous pouvons les classer en 3 grandes catégories dans lesquelles il existe des sous catégories. En effet, nous avons les coûts de contrôle ; de restauration (avec les coûts directs, indirects et de répercussion) ; et de dommage (comprenant entre autres la méthode du prix de marché, hédonique, conjointe, de voyage et enfin conditionnelle, elle-même séparée entre le Willingness to pay et le willingness to avoid).

Nous allons dans cet article abordé brièvement quelques une des différentes méthodes tout en restant conscient qu’il faudrait bien plus que ces quelques pages pour en faire le tour.

Dès lors, nous allons commencer par un des outils de quantification le plus simple à connaitre : le coût de contrôle. Celui qui consiste au coût qu’une entreprise aurait dû investir pour éviter les dommages environnementaux. Ces coûts peuvent être d’ordre opérationnel, maintenance des technologies. Cette méthode est une des plus utilisées dans le domaine de la comptabilité environnementale. Par contre, Antheaume[1] soutient que la technologie n’est pas toujours disponible pour éviter les dommages environnementaux, remettant ainsi la validité de cette méthode.

Une deuxième méthode est la méthode du prix de marché. Comme nous l’avons avec notre exemple, il est très difficile en l’absence de marché d’obtenir un prix. Cette méthode nous conseille de trouver un marché similaire afin de pouvoir quantifier monétairement. C’est vrai qu’il y a tellement de marché de biens proches des oiseaux mazoutés ou encore de victime de radiation comme ce fut le cas en 1986 à Tchernobyl[2] en Ukraine !

Deux autres approches qui se ressemblent, et faisant également du coût de dommage, sont la méthode de l’analyse conjointe et de l’évaluation contingente. En effet, celles-ci ont comme point commun qu’elles servent à estimer les valeurs d’usage et de non-usage d’un écosystème, ou de services qu’il rend, en se basant sur des choix et des situations virtuelles. De plus, les deux méthodes sont basées à la fois sur des enquêtes réalisées auprès des citoyens et sur des choix et scénarios virtuels. Par contre, la différence principale entre les deux méthodes réside dans les questions qui sont posées et l’analyse des données recueillies. De plus, l’évaluation contingente procure directement une valeur monétaire tandis que l’analyse conjointe déduit ces valeurs des arbitrages effectués par les personnes interviewées. Les deux méthodes se posent la question de savoir quels services procure un écosystème afin d’en déduire une valeur. Il est clair que ces deux méthodes peuvent s’utiliser dans de nombreux domaines, mais reposent d’un autre sens sur des réponses de personnes enquêtées qui induisent indiscutablement des biais dans l’étude. L’analyse contingente quant à elle permet d’être utilisée dans le domaine de l’environnement tandis que l’analyse conjointe n’y trouve pas son domaine de prédilection.

Nous pouvons constater, avec l’explication sommaire de quelques une des méthodes de quantification, que celles-ci font appel à l’économie pour le prix de marché ; tandis que la méthode conjointe fait appelle à la sociologie et en même temps à la psychologie humaine dans l’évaluation d’un prix. Dès lors, en fonction de la méthode choisie, les valeurs sont parfois éloignées par un écart allant de 1 à 12000 selon l’étude d’Antheaume[3].

À travers ce bref article, nous avons essayé de donner les grandes lignes de la quantification monétaire des externalités. Celle-ci est importante pour une entreprise qui déciderait d’internaliser les coûts externes dans sa gestion. Ou encore dans le but de promouvoir la conscientisation de la communauté dans les grands débats environnementaux.



[1] Source : Antheaume, N. (2004). "Valuing External Costs - from Theory to Practice: Implications for Full Cost Environmental Accounting." European Accounting Review 13(3).

[2] Source : http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/question_actu.php?langue=fr&id_article=5983

[3] Source : Antheaume, N. (2004). "Valuing External Costs - from Theory to Practice: Implications for Full Cost Environmental Accounting." European Accounting Review 13(3).

Adaptation du Balanced Scorecard

Je me propose ici de vous présenter l’adaptation qu’il est possible de faire du balanced scorecard (BSC). Tout du moins des pistes. Adaptation ayant pour but d’intégrer le développement durable au sein de l’entreprise.

Mais avant… petit rappel !

Le Balanced Scorecard est un tableau de bord stratégique d’une entreprise ou d’une unité. Ce tableau de bord stratégique ne se contente pas de la répartition des indicateurs en 4 axes. Il doit aussi servir d’instrument de pilotage de la stratégie. Le BSC permet, entre autres, de traduire la stratégie en objectifs opérationnels, aligner les processus et les structures sur les facteurs clés de succès ainsi que suivre et ajuster l’exécution de la stratégie.

Un schéma récapitulatif : Ici

Mon but ici n’étant pas de vous présenter en détails le BSC, j’arrête là sa présentation.

Si l’on suit les recommandations du GRI (voir la section Dans nos aventures précédentes), on s’aperçoit rapidement qu’il y a de nombreux indicateurs qui peuvent être pris en compte pour mesurer les impacts environnementaux. L’entreprise doit les choisir en fonction de leur pertinence. Inutile d’en choisir s’ils ne correspondent pas à la situation de l’entreprise. Jusque là, rien de très compliqué.

Comme pour tout projet, l’appui de la haute direction et la constitution de l’équipe sont des pré-requis essentiels à la réussite de celui-ci. Les équipiers doivent représenter les différents métiers de l’entreprise et, si possible, avoir la fibre environnementale ! L’équipe de projet et la haute direction doivent insuffler cette politique de préservation (ou diminution de l’impact) de l’environnement à toute l’organisation. Le challenge ici est de concilier les politiques déjà existantes de l’entreprise (finance, marketing, logistique…) avec cette politique environnementale. Dur dur !

L’entreprise prendra soin d’identifier les facteurs clés de succès (FCS), qui sont des aspects sur lesquels elle doit se concentrer, afin d’atteindre ses objectifs en matière d’environnement. Pour savoir si les objectifs sont atteints ou en voie d’être atteints, l’organisation mets en place des indicateurs stratégiques et opérationnels. En général, les premiers sont plus « a priori » tandis que les seconds sont plus « a posteriori ». S’il y a des écarts avec les prévisions, ou des « drapeaux rouges », les gestionnaires prennent les mesures adéquates. Citons par exemple des indicateurs de qualité (produit, processus), de coût (gaspillage, rebuts), de satisfaction client et j’en passe.

Les nouveaux indicateurs environnementaux (ou ceux mis en place dans le BSC dès le début avec les indicateurs « non environnementaux) sont ensuite « dispatchés » de manière équilibrée entre les 4 axes du BSC : finance, processus et apprentissage, organisationnel, client.

L’entreprise peut par la suite se demander, à des fins de gestion et de communication, combien d’indicateurs a posteriori vs a priori a-t-elle, combien dans chaque axe, combien au total et ce jusqu’à autant de « combien » elle le souhaite.

Attention cependant à ne pas se contenter de « dispatchés » les indicateurs. Si l’entreprise veut piloter sa performance environnementale, elle se doit d’établir d’autres outils, comme par exemple une carte stratégique ou un schéma dynamique, mettant en lumière les liens de cause à effet entre les indicateurs.

Une dernière étape serait pour l’entreprise de communiquer certaines données obtenues de son BSC « environnemental » et gagner ainsi en crédibilité. Cela auprès des investisseurs, des clients, des pouvoirs publics, des employés et de toute autre personne intéressée.

Alors bien-sûr j’aurais pu développer davantage. Ce n’est pas le but. Nous avons voulu, mes compères et moi-même, rester assez large tout en apportant des précisions sur des outils de gestion (oulà…que raconte ce type ?!). Pour revenir à cet article, attention tout de même. Trop d’indicateurs ne permettent pas de piloter une organisation (environnementaux ou non). Pour le reste, je vous renvoie à la documentation sur le BSC et les externalités environnementales. Ces dernières étant l’objet de ce blog.

Lecteur, n’hésites pas à visiter nos liens !

L’internalisation des Externalités : « Du berceau au tombeau » (cradle to grave)

L’une des méthodes pour internaliser les externalités est la méthode du "berceau au tombeau". Elle est aussi connue sous les termes "Cradle to grave" (CG) ou "Life Cycle Costing". Cette méthode permet, par l’internalisation, de faire supporter les coûts environnementaux aux entreprises responsables de dommages environnementaux. En effet, les externalités sont supportées non pas par les entreprises mais par la société. Le CG est un concept assez intéressant mais qui soulève aussi des problèmes pratiques quand à son applicabilité. En plus, son application peut s’avérer facile ou compliquée selon les activités de l’entreprise.

Il faut dire qu’une entreprise peut générer des externalités de trois manières. Les équipements utilisés peuvent causer des dommages à l’environnement. Par exemple, une machine peut émettre des produits toxiques lors de son utilisation. Les dommages peuvent aussi être le fait du processus de production lui-même sans que les équipements y soient pour quelque chose. Par exemple, l’extraction du pétrole est une activité polluante à cause de la nature du pétrole lui-même et ses dérivés plutôt qu’à cause des équipements eux-mêmes (enfin, nous pensons, car nous ne sommes pas spécialistes en la matière !!). Enfin, les utilisateurs finaux, c'est-à-dire les clients, subissent des externalités aussi. En effet, par exemple, non seulement la production d’un ordinateur pollue, mais ce dernier dégage également de l’énergie lorsqu’on le branche sur notre bureau. Ceci justifie la pertinence du concept du CG car les externalités se produisent sur tout le cycle de vie du produit. La question serait donc de savoir comment, en pratique, une entreprise pourrait internaliser les externalités.

On vous propose donc nos réflexions sur ce problème sans toutefois prétendre donner des solutions infaillibles ou toutes faites.

L’internalisation des externalités causées par les équipements de production

La particularité des équipements de production est qu’ils ne sortent pas généralement de l’entreprise. On suppose que l’entreprise achète, ou fabrique, et utilise un équipement jusqu’à sa radiation.

Si l’équipement est polluant, l’entreprise peut internaliser les dommages. Pour cela, elle peut estimer le coût des dommages environnementaux sur toute la durée de possession de l’équipement jusqu’à sa radiation. Le coût doit ensuite être actualisé pour obtenir la valeur actuelle(VA)[1]. Cette valeur devrait être ajoutée au coût d’acquisition pour être amorti sur la durée de vie de l’équipement. L’application de cette méthode semble moins compliquée pour les actifs physiques utilisés dans l’entreprise, pour autant que celle-ci soit en mesure d’évaluer le coût des dommages. Au cas où l’entreprise décide de vendre le bien mais que le coût amorti comprend le coût des externalités, cela ne change rien. Une petite portion des externalités est peut-être transférée au repreneur si l’actif n’était pas totalement amorti.

Par contre, il peut arriver aussi que les externalités ne soient pas le fait de l’équipement mais du processus de production lui-même.

L’internalisation des externalités causées par les processus de production.

La fabrication de certains produits, chimiques par exemple, est polluante du fait de la nature même de ces produits. L’extraction du pétrole de l’Alberta pourrait être un bon exemple. Dans ce cas, le coût des externalités devrait être imputé au produit fabriqué et non à l’équipement. L’application de la VA ne serait sans doute pas appropriée dans ce cas. Les coûts environnementaux devraient être incorporés dans le coût global au fur et à mesure que les produits sont fabriqués.

L’internalisation des externalités causées par les produits aux utilisateurs finaux.

Mais qu’en est-il des externalités engendrées par des produits aux mains des utilisateurs finaux, c'est-à-dire les clients? Saviez-vous que les ordinateurs personnels, les téléviseurs, les frigos, pour ne citer que ceux-là, sont très polluants de par l’énergie qu’ils dégagent[2]? Qui devrait en assumer le coût? L’entreprise, le client ou les pouvoirs publics?[3]

L’entreprise peut internaliser les externalités durant la fabrication du produit mais une fois que le produit se retrouve entre les mains du client, elle ne semble plus avoir de responsabilité. Les entreprises n’assument aucune responsabilité pour les externalités générées durant l’utilisation du produit par le client. De plus, elles n’assument aucun coût lorsque le produit arrive à la fin de son cycle de vie ou si le client décide de s’en débarrasser. Effectivement, quand vous décidez de vous débarrasser de votre vieil ordinateur, vous avez deux options : soit vous le revendez si vous êtes chanceux ou vous le jetez à la poubelle. Par contre, vous ne pouvez pas le retourner chez votre fournisseur. De ce point de vue, le seul effort pour les entreprises consiste à fabriquer des produits à base de matières recyclables mais leur responsabilité s’arrête une fois que le produit est vendu au client.

Finalement, qui assure le recyclage de tous ces produits, en admettant qu’ils soient recyclables, qu’on jette à la poubelle? Ces produits finissent dans les décharges publiques et sont recyclés aux frais de l’état, donc du citoyen. À la fin, c’est toujours le client qui paie! Le recyclage des produits coûte très cher à la collectivité. Pourquoi les entreprises ne pourraient pas reprendre et recycler les produits dont les clients ne veulent plus? Ce serait une façon d’internaliser les externalités sur la totalité du cycle de vie et non jusqu’ à la vente seulement. Une autre alternative serait que l’état prélève une taxe "de recyclage" sur les revenus des entreprises pour couvrir les coûts de recyclage. Cette option nous parait peu pratique car le calcul de la taxe serait compliqué. Par conséquent, la fabrication de produits recyclables par les entreprises ne permet pas d’internaliser totalement les externalités tant que ces produits ne peuvent être retournés aux entreprises.



[1] http://www.barringer1.com/pdf/LifeCycleCostSummary.pdf

[2] http://www.infos-du-net.com/actualite/2333-ordinateurs.html

[3] http://forum.fluctuat.net/fluctuat/environnement-sciences-techniques/ordinateurs-pollution-sujet_46_1.htm