Entre un perroquet Arras et un oiseau mazouté qui a-t-il comme différence ? Vous me direz que l’un est plein de mazout et est proche de l’agonie tandis que l’autre va se retrouver dans une volière, dans le coin d’un salon d’une maison huppée ! Je vous répondrais que vous avez entièrement raison. Je renchérirais sur le fait que les deux sont des oiseaux ; mêmes si de race différente. Mais pour l’un, il est très facile de donner une valeur. L’autre non ! En effet, il y a un marché pour l’Arras. Ce qui facile la quantification monétaire. Tandis que l’autre… non. Il est vrai que le contexte est un peu tiré par les cheveux, mais je voulais simplement faire comprendre que pour deux oiseaux dans des contextes différents, l’un est victime de sa beauté et de son succès tandis que l’autre est victime d’un naufrage pétrolier. Le coût est facilement quantifiable pour l’Arras et presque impossible à donner pour l’oiseau Exxon-Valdezé ! Cela nous donne un exemple de difficulté de quantification monétaire d’une externalité environnementale.
Rassurez-vous cher lecteur, tout n’est pas perdu ! En effet, la comptabilité environnementale a, depuis quelques années, développé des méthodes de quantification monétaire. D’ailleurs, nous pouvons les classer en 3 grandes catégories dans lesquelles il existe des sous catégories. En effet, nous avons les coûts de contrôle ; de restauration (avec les coûts directs, indirects et de répercussion) ; et de dommage (comprenant entre autres la méthode du prix de marché, hédonique, conjointe, de voyage et enfin conditionnelle, elle-même séparée entre le Willingness to pay et le willingness to avoid).
Nous allons dans cet article abordé brièvement quelques une des différentes méthodes tout en restant conscient qu’il faudrait bien plus que ces quelques pages pour en faire le tour.
Dès lors, nous allons commencer par un des outils de quantification le plus simple à connaitre : le coût de contrôle. Celui qui consiste au coût qu’une entreprise aurait dû investir pour éviter les dommages environnementaux. Ces coûts peuvent être d’ordre opérationnel, maintenance des technologies. Cette méthode est une des plus utilisées dans le domaine de la comptabilité environnementale. Par contre, Antheaume[1] soutient que la technologie n’est pas toujours disponible pour éviter les dommages environnementaux, remettant ainsi la validité de cette méthode.
Une deuxième méthode est la méthode du prix de marché. Comme nous l’avons avec notre exemple, il est très difficile en l’absence de marché d’obtenir un prix. Cette méthode nous conseille de trouver un marché similaire afin de pouvoir quantifier monétairement. C’est vrai qu’il y a tellement de marché de biens proches des oiseaux mazoutés ou encore de victime de radiation comme ce fut le cas en 1986 à Tchernobyl[2] en Ukraine !
Deux autres approches qui se ressemblent, et faisant également du coût de dommage, sont la méthode de l’analyse conjointe et de l’évaluation contingente. En effet, celles-ci ont comme point commun qu’elles servent à estimer les valeurs d’usage et de non-usage d’un écosystème, ou de services qu’il rend, en se basant sur des choix et des situations virtuelles. De plus, les deux méthodes sont basées à la fois sur des enquêtes réalisées auprès des citoyens et sur des choix et scénarios virtuels. Par contre, la différence principale entre les deux méthodes réside dans les questions qui sont posées et l’analyse des données recueillies. De plus, l’évaluation contingente procure directement une valeur monétaire tandis que l’analyse conjointe déduit ces valeurs des arbitrages effectués par les personnes interviewées. Les deux méthodes se posent la question de savoir quels services procure un écosystème afin d’en déduire une valeur. Il est clair que ces deux méthodes peuvent s’utiliser dans de nombreux domaines, mais reposent d’un autre sens sur des réponses de personnes enquêtées qui induisent indiscutablement des biais dans l’étude. L’analyse contingente quant à elle permet d’être utilisée dans le domaine de l’environnement tandis que l’analyse conjointe n’y trouve pas son domaine de prédilection.
Nous pouvons constater, avec l’explication sommaire de quelques une des méthodes de quantification, que celles-ci font appel à l’économie pour le prix de marché ; tandis que la méthode conjointe fait appelle à la sociologie et en même temps à la psychologie humaine dans l’évaluation d’un prix. Dès lors, en fonction de la méthode choisie, les valeurs sont parfois éloignées par un écart allant de 1 à 12000 selon l’étude d’Antheaume[3].
À travers ce bref article, nous avons essayé de donner les grandes lignes de la quantification monétaire des externalités. Celle-ci est importante pour une entreprise qui déciderait d’internaliser les coûts externes dans sa gestion. Ou encore dans le but de promouvoir la conscientisation de la communauté dans les grands débats environnementaux.
[1] Source : Antheaume, N. (2004). "Valuing External Costs - from Theory to Practice: Implications for Full Cost Environmental Accounting." European Accounting Review 13(3).
[2] Source : http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/question_actu.php?langue=fr&id_article=5983
[3] Source : Antheaume, N. (2004). "Valuing External Costs - from Theory to Practice: Implications for Full Cost Environmental Accounting." European Accounting Review 13(3).