vendredi 19 mars 2010

Les outils de contrôle et l’environnement :

- L’écologie est le sujet à la mode. Soit. On fait quoi maintenant dans l’entreprise ?

- On recycle nous-mêmes une partie de nos déchets, on économise le papier, on communique à qui veut l’entendre que nous sommes des écologistes purs et durs. Nous respectons aussi les normes ISO. Pas mal non ?

- Oui…c’est un bon début.

- Un bon début dites-vous ?!

-

Ami lecteur, je te laisse continuer ce magnifique dialogue fort passionnant, entre on ne sait pas qui et qui, selon ton imagination. Mais il manque toutefois quelque chose tu ne penses pas ? Les outils de contrôle par Toutatis (nous ne reviendrons pas sur les origines de ce mot) ! Les outils de contrôle actuels répondent-ils aux défis que pose mère nature ? Peut-on les adapter ?

Volontairement ou non, l’entreprise intègre des éléments de son environnement dans la mise en œuvre de sa stratégie. Dans le but d’être rentable bien-sûr. L’enjeu est d intégrer l’écologie dans cet environnement déjà complexe que doit prendre en compte l’organisation. Pas facile! Tentons toutefois de déblayer la voie (quelle atroce métaphore !).

Sans entrer dans le débat, il semble qu’aujourd’hui un système capitaliste essentiellement tourné vers la satisfaction de l’actionnaire montre ses limites. Ici, les limites au niveau écologique nous intéressent (chacun est libre de penser qu’il y a ou non des limites au système capitaliste). En effet, un des grands défis des entreprises est de concilier développement économique et protection de l’environnement. Or, la plupart des outils de pilotage et de contrôle sont davantage orientés vers l’actionnaire. Il faut donc un dispositif permettant d’améliorer la performance durable de l’organisation, ne prenant pas en considération le seul point de vue de l’actionnaire.

L’entreprise, si elle veut agir de manière réfléchie, ne peut pas ignorer les facteurs externes, qu’ils soient politiques, économiques, financiers, juridiques, sociaux ou environnementaux. Ses décisions ont elles-mêmes un impact sur ces facteurs. Il y a donc une « co-dépendance » entre la société (environnement dans lequel évolue l’entreprise) et l’entreprise. Les outils de contrôle et de pilotage prennent déjà en compte cette complexité. En partie seulement. En infime partie.

Il existe une multitude d’outils de contrôle. Je ne vais pas m’amuser à tous les reprendre pour les décrire. Toutefois, d’après ce qui est enseigné et mis en pratique au sein des organisations, il n’est pas trop téméraire d’affirmer que la plupart des outils de contrôle et de pilotage ne prennent pas en compte l’environnement. Suffisamment du moins. Soyez honnêtes… Vous passez combien de temps à étudier l’environnement en comptabilité ? En finance ? En système d’information ? Aux réunions du lundi entendez-vous les mots « développement durable » sortir de la bouche de votre boss ? Oui peut-être une fois à l’occasion, noyés dans le flot de « budget », « processus », « client », « marge » et autres mots devenus banals pour tout étudiant ou professionnel des métiers du chiffre. Si quelqu’un commente « oui l’environnement est une préoccupation majeure dans mon exercice ou mon apprentissage de la comptabilité de management », je lui offre un carambar pour sa bonne blague.

Les outils de la comptabilité de management peuvent toujours être adaptés selon le contexte. Aujourd’hui, la préservation de l’environnement est le contexte majeur. Toutefois, les entreprises sont encore à l’état de balbutiements concernant ce sujet. Comme tout le monde. Il leur faudrait déjà un cadre « sain » pour adapter leurs outils ou en créer de nouveaux. En effet, les politiques se doivent d’ouvrir la voie (norme ISO, que mon collègue développe davantage, pour « accréditer » les entreprises). Cette norme pousse les entreprises à revoir l’utilisation et le but de leurs outils. A l’origine, ces derniers ne sont pas pensés pour l’environnement. Alors non, les outils de contrôle et de pilotage ne sont pas destinés à prendre en compte l’externalité environnementale.

Ces outils sont-ils adaptables ? Jusqu’à aujourd’hui en tous cas, les outils du contrôle de gestion se sont toujours adaptés selon la situation de l’entreprise. Certains sont plus efficaces à être mis en place dans tel ou tel contexte. Si l’entreprise veut prendre en compte l’externalité qu’est l’environnement, elle peut adapter ou changer ses outils de contrôle. On parle alors d’éco-contrôle. Ce dernier, à la différence du contrôle de gestion traditionnel, est un système de pilotage qui comporte un volet sociétal important, tentant de dépasser les frontières de l’entreprise. Difficile. La comptabilité de management tente depuis quelques années de trouver sa place dans cette mode « écolo ». Nous n’avons pas encore entendu parler de grand succès, ou de succès tout court, jusqu’ici.

Le problème de l’éco-contrôle est qu’il est étudié pour son impact supposé sur l’environnement et les états financiers. Pas sur son adoption. Or, avant d’avoir un impact sur quoi que ce soit il faut déjà qu’il soit mis en place. L’éco-contrôle est une innovation. Les différents acteurs du domaine (contrôleurs, auditeurs, chercheurs…) devraient se le rappeler et prendre le temps d’y réfléchir : qu’est ce qui est susceptibles d’être enrôlé par l’éco-contrôle et d’enrôler à son tour quelqu’un d’autre, ou quelque chose d’autre, afin de constituer un réseau solide, un véritable mécanisme de régulation environnemental ?

Regardons l’ABC ou le tableau de bord : ces innovations comptables ont dû s’appuyer sur un réseau, des alliés, à tous les échelons de la hiérarchie, pour être mis en place. L’éco-contrôle devrait faire de même. D’ailleurs, ces deux outils, sont « facilement » adaptables (en théorie du moins). L’ABC prend en compte des ressources, consommées par des activités, elles-mêmes consommées par des objets de coûts. L’ABC est un outil qui permet de prendre en compte ce « qu’on veut ». L’environnement peut en faire partie. Pour le balanced scorecard, les deux auteurs de cette méthode (Kaplan et Norton), l’ont « révisée » pour prendre davantage en compte l’environnement. Cet outil est de nature à considérer autre chose que le seul actionnaire.

Pour finir : non les outils de comptabilité de management, dans leur utilisation actuelle, ne prennent pas en compte l’environnement. Oui, ils sont adaptables. Tous ? Certains plus facilement que d’autres, certes. Mais là encore, quel est le coût ? Quelle réorganisation cela demande ? Le temps ? Pour le seul outil qu’est l’ABC, à l’origine, il est déjà très complexe à mettre en œuvre. Plus de complexité n’aidera pas les entreprises. D’où la nécessité que l’ensemble des parties prenantes et des politiques s’investissent dans cette affaire.

4 commentaires:

  1. Justement, l’amélioration de la performance durable de l’entreprise devrait être un des soucis des actionnaires. Du moment que l’on relie le côté environnemental de l’exploitation à son côté économique, on aura réglé une partie du problème. Une petite partie, mais tout de même.

    Par contre, comme vous mentionnez, on sait où l’on veut aller, mais pas comment s’y rendre. Il faut dire que les voix les plus fortes lorsque l’on parle d’environnement ne viennent pas nécessairement de gens ayant une formation en gestion, finance, comptabilité, etc. Et que les gens ayant la formation qui serait nécessaire, eux, n’ont peut-être pas le côté environnemental aussi haut placé dans leur priorités.

    Nous croyons qu’à la base, l’éducation devrait changer afin de mieux orienter ses futurs, ou encore actuels, gestionnaires vers les enjeux qui s’en viennent, s’ils le veulent bien. Bref cela revient à dire que tous doivent s’impliquer pour que l’on puisse parler d’éco-contrôle efficace et non de nom lancé lorsque cela parait bien dans la discussion. Le changement est en train de s’effectuer car on commence à voir l’environnement s’implanter dans les cours universitaires. Souvent cela représente une partie d’un cours, mais il existe tout de même un MBA responsabilité sociale et environnementale des organisations à l’Université Laval. Le fait qu’il y a une maîtrise offerte sur le sujet prouve que la demande est présente.

    Véronique et Jennifer

    RépondreSupprimer
  2. Les filles, je crois que je vous dois un carambar.

    RépondreSupprimer
  3. Mandat #2 : Christine

    Mesurer les externalités environnementales peut se faire par l’entremise de l’application du coût de revient. Une de ces méthodes se nomme la comptabilité par activités (CPA). En effet, la comptabilité par activités permet de séparer les coûts relatifs aux ressources environnementales des autres ressources et de les attribuer directement aux activités de l’entreprise. Ainsi, l’entreprise peut avoir une idée claire de ce que chaque activité coûte en termes environnementaux. La CPA permettra donc à l’entreprise de déterminer les activités pour lesquelles les coûts environnementaux sont les plus importants. Comme ces coûts sont habituellement cachés dans d’autres coûts ou tout simplement pas pris en compte par l’entreprise, la prise en compte de ces nouvelles informations peut même aller jusqu’à prouver qu’un produit n’est pas rentable et que l’entreprise devrait cesser la production de ce dernier. Elle permet aussi de déterminer les activités à faible valeur ajoutée qu’on doit réduire le plus possible.

    La CPA appliquée dans un contexte environnemental permet aux organisations de déterminer les activités où il y a des lacunes importantes à ce niveau et où il y a du travail à faire.

    Les couts environnementaux sont bien souvent des coûts cachés qui ne sont pas suivis par les entreprises. Mais, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas mesurés qu’il n’existe pas. Avec l’intensification des règlements à ce sujet, le comportement des consommateurs d’avantage orienté vers le respect de l’environnement et les pressions exercées par les parties prenantes, l’environnement est un élément auquel les entreprises ne peuvent plus se permettre de négliger.

    La comptabilité s’avère être un outil de choix pour mesurer les différentes notions relatives à l’environnement, car elle permet de soutenir une vision environnementaliste en favorisant la responsabilisation et la transparence ainsi qu’en présentant une information utile et pertinente pour supporter la prise de décision. Quantifier les coûts environnementaux fait prendre conscience à l’entreprise que ces derniers existent et elle ne peut plus les nier.

    La CPA s’avère donc pratique pour faire prendre conciense aux entreprises que le respect de l’environnement permettra à l’entreprise d’économiser des sommes importantes en plus de leur permettre de générer de s profits supplémentaires (attirer une nouvelle clientèle verte).Bien que la prévention en matière d’environnement peut s’avérer coûteuse en premier lieu, les bénéfices dépasseront énormément ces coûts.

    RépondreSupprimer
  4. Pour faire un lien entre les préoccupations environnementales et les PME, je dirais que ces dernières sont peu impliquées dans tout le mouvement social en général, toutefois, elles sont de plus en plus sollicités à y entrer.

    Souvent, les PME ne se soucient pas des externalité environnementales à cause de leur « focus » sur le court terme. En effet, les PME sont généralement vulnérables devant la concurrence mondiale, elles vivent dans un environnement incertains face à la variation de leurs revenue et elles peuvent parfois manquer de connaissances ou de ressources financières. Tous ces facteurs font que les PME ont tendance à ne pas de soucier des aspects sociaux et environnementaux.

    Aussi, les PME sont assez « sourdes » face aux arguments en faveur des bonnes pratiques en environnement (économies énergie, diminution des couts…)car toutes ces promesses nécessitent des investissements immédiats (formations, etc) dont la rentabilité n’est probable qu’à long terme. En effet, à part les quelques économies d’énergie perçues sur le court termes, les PME ne voient pas clairement quelles sont les avantages futurs.

    Enfin, les personnes qui défendent les pratiques sociales et l’environnement ne se dirigent que vers les grandes entreprises côtés en faisant pression sur les actionnaires et en jouant la carte de la réputation de l’entreprise. Les PME seraient moins touchées par ce genre de pressions.

    Finalement, il me semble que le souci des externalité environnementales dans les PME concerne les chefs d’entreprise et dépend de leurs convictions personnelles. Par ailleurs, les PME n’ont actuellement pas beaucoup d’incitation pour s’en soucier.

    RépondreSupprimer