vendredi 19 mars 2010

Le défi des nouveaux outils :

La certification ISO 14001 :

La certification ISO 14001 est la principale norme d’une série de normes sur l’environnement qui font parties de la norme générale 1400. Toute entreprise, petite ou grande, peut décider d’implanter la norme ISO 14001. Cette norme est la conséquence de pressions de plus en plus croissantes des parties prenantes sur les entreprises afin de respecter l’environnement. Vous-vous demandez sans doute en quoi consiste cette norme concrètement.

Eh bien, cette norme offre un cadre de référence général pour l’implantation d’un système de management de l’environnement(SME). UN SME est un ensemble de politiques, processus et pratiques mis en place par une organisation afin de gérer les problèmes environnementaux qui découlent de ses activités, produits et services. A ce titre, la norme ISO 14001 ne spécifie pas des performances spécifiques à atteindre en matière de respect de l’environnement. C’est pourquoi il existe d’autres normes dans la série 1400 qui précisent des critères spécifiques à respecter. Celles-ci vont par exemple porter sur un secteur d’activité, le type de menaces environnementales, etc. La norme ISO 14001 permet donc de formuler une politique et des objectifs généraux en matière de gestion environnementale.

Depuis son introduction en 2004, ISO 14001 est devenue la norme la plus importante en matière de gestion du risque environnemental. La norme ISO 14001 peut être appliquée à l’ensemble de l’organisation ou à un secteur d’activité spécifique au-sein de l’organisation. L’application de la norme ISO 14001 exige au préalable que l’entreprise ait un SME. Il se peut qu’une organisation voulant se conformer aux directives de l’ISO14001 n’ait pas de SME. Dans ce cas, ISO 14001 fournit des directives pour implanter un SME. Il faut remarquer qu’un SME est propre à chaque entreprise et que c’est une décision de gestion du seul ressort de l’entreprise. Un SME traduit donc les efforts de l’organisation pour gérer le risque environnemental. Toutefois, les organisations qui veulent respecter les directives de l’ISO 14001 ou obtenir la certification ISO 14001 doivent implanter un SME. Pour déterminer si son SME est efficace, une organisation doit par conséquent le comparer aux critères de l’ISO 14001. En cas d’écarts négatifs entre les directives de l’ISO 14001 et les performances du SME, l’organisation doit analyser la raison de ces écarts négatifs et prendre des mesures correctives. Un écart négatif signifie qu’une mesure appliquée par une organisation pour respecter l’environnement est en-deçà des exigences de l’ISO 14001.

La conformité à la norme ISO 14001 à travers la mise en place d’un SME n’est pas obligatoire pour les organisations. Alors, quel intérêt de se conformer à cette norme étant donné que cela engendre des coûts pour les organisations? Les avantages liés à l’implantation d’un SME qui respecte la norme ISO 14001 sont nombreux :

- Permet de fixer des objectifs cibles pour l’organisation en matière de respect de l’environnement.

- Il permet de mieux gérer les risques environnementaux liés aux activités, produits ou service et d’améliorer la performance environnementale.

Pour s’assurer que son SME respecte les normes ISO 14001, une organisation peut faire auditer son SME par un auditeur externe spécialiste des questions environnementales. Cette certification présente plusieurs avantages pour l’organisation.

Sur le plan interne :

- La certification donne une assurance à la direction que sa politique de gestion du risque environnemental à travers son SME est efficace.

- Une certification rassure les employés sur le sérieux de l’organisation en matière de gestion du risque environnemental.

Sur le plan externe :

- Une certification rassure les clients, les fournisseurs, les collectivités, etc. sur le respect de l’environnement par l’entité et améliore l’image et la réputation.

- Renseigne l’organisation sur son respect ou non des directives des organismes de réglementation en matière d’environnement.

- En cas de poursuites pour dommages à l’environnement, une opinion sans réserve d’un auditeur permet à l’organisation de démontrer qu’elle a agit avec bonne foi et diligence.

Plusieurs organismes spécialisés offrent des services de certification ISO 14001. C’est le cas du Canadian General Standards Board (CGSB) par exemple. Les audits sont exécutés chez le client et se font sur une base annuelle. Une opinion favorable signifie que le SME de l’organisation respecte la norme ISO 14001. Le respect de la norme et la certification ne sont nullement obligatoires. Toutefois, les avantages pour l’organisation d’un SME certifié ISO 14001, comme déjà mentionnés, sont multiples. On peut donc dire que la norme ISO 14001, et d’autres similaires, jouera un rôle de plus en plus important à l’avenir pour relever le défi de l’environnement. FIN

Les outils de contrôle et l’environnement :

- L’écologie est le sujet à la mode. Soit. On fait quoi maintenant dans l’entreprise ?

- On recycle nous-mêmes une partie de nos déchets, on économise le papier, on communique à qui veut l’entendre que nous sommes des écologistes purs et durs. Nous respectons aussi les normes ISO. Pas mal non ?

- Oui…c’est un bon début.

- Un bon début dites-vous ?!

-

Ami lecteur, je te laisse continuer ce magnifique dialogue fort passionnant, entre on ne sait pas qui et qui, selon ton imagination. Mais il manque toutefois quelque chose tu ne penses pas ? Les outils de contrôle par Toutatis (nous ne reviendrons pas sur les origines de ce mot) ! Les outils de contrôle actuels répondent-ils aux défis que pose mère nature ? Peut-on les adapter ?

Volontairement ou non, l’entreprise intègre des éléments de son environnement dans la mise en œuvre de sa stratégie. Dans le but d’être rentable bien-sûr. L’enjeu est d intégrer l’écologie dans cet environnement déjà complexe que doit prendre en compte l’organisation. Pas facile! Tentons toutefois de déblayer la voie (quelle atroce métaphore !).

Sans entrer dans le débat, il semble qu’aujourd’hui un système capitaliste essentiellement tourné vers la satisfaction de l’actionnaire montre ses limites. Ici, les limites au niveau écologique nous intéressent (chacun est libre de penser qu’il y a ou non des limites au système capitaliste). En effet, un des grands défis des entreprises est de concilier développement économique et protection de l’environnement. Or, la plupart des outils de pilotage et de contrôle sont davantage orientés vers l’actionnaire. Il faut donc un dispositif permettant d’améliorer la performance durable de l’organisation, ne prenant pas en considération le seul point de vue de l’actionnaire.

L’entreprise, si elle veut agir de manière réfléchie, ne peut pas ignorer les facteurs externes, qu’ils soient politiques, économiques, financiers, juridiques, sociaux ou environnementaux. Ses décisions ont elles-mêmes un impact sur ces facteurs. Il y a donc une « co-dépendance » entre la société (environnement dans lequel évolue l’entreprise) et l’entreprise. Les outils de contrôle et de pilotage prennent déjà en compte cette complexité. En partie seulement. En infime partie.

Il existe une multitude d’outils de contrôle. Je ne vais pas m’amuser à tous les reprendre pour les décrire. Toutefois, d’après ce qui est enseigné et mis en pratique au sein des organisations, il n’est pas trop téméraire d’affirmer que la plupart des outils de contrôle et de pilotage ne prennent pas en compte l’environnement. Suffisamment du moins. Soyez honnêtes… Vous passez combien de temps à étudier l’environnement en comptabilité ? En finance ? En système d’information ? Aux réunions du lundi entendez-vous les mots « développement durable » sortir de la bouche de votre boss ? Oui peut-être une fois à l’occasion, noyés dans le flot de « budget », « processus », « client », « marge » et autres mots devenus banals pour tout étudiant ou professionnel des métiers du chiffre. Si quelqu’un commente « oui l’environnement est une préoccupation majeure dans mon exercice ou mon apprentissage de la comptabilité de management », je lui offre un carambar pour sa bonne blague.

Les outils de la comptabilité de management peuvent toujours être adaptés selon le contexte. Aujourd’hui, la préservation de l’environnement est le contexte majeur. Toutefois, les entreprises sont encore à l’état de balbutiements concernant ce sujet. Comme tout le monde. Il leur faudrait déjà un cadre « sain » pour adapter leurs outils ou en créer de nouveaux. En effet, les politiques se doivent d’ouvrir la voie (norme ISO, que mon collègue développe davantage, pour « accréditer » les entreprises). Cette norme pousse les entreprises à revoir l’utilisation et le but de leurs outils. A l’origine, ces derniers ne sont pas pensés pour l’environnement. Alors non, les outils de contrôle et de pilotage ne sont pas destinés à prendre en compte l’externalité environnementale.

Ces outils sont-ils adaptables ? Jusqu’à aujourd’hui en tous cas, les outils du contrôle de gestion se sont toujours adaptés selon la situation de l’entreprise. Certains sont plus efficaces à être mis en place dans tel ou tel contexte. Si l’entreprise veut prendre en compte l’externalité qu’est l’environnement, elle peut adapter ou changer ses outils de contrôle. On parle alors d’éco-contrôle. Ce dernier, à la différence du contrôle de gestion traditionnel, est un système de pilotage qui comporte un volet sociétal important, tentant de dépasser les frontières de l’entreprise. Difficile. La comptabilité de management tente depuis quelques années de trouver sa place dans cette mode « écolo ». Nous n’avons pas encore entendu parler de grand succès, ou de succès tout court, jusqu’ici.

Le problème de l’éco-contrôle est qu’il est étudié pour son impact supposé sur l’environnement et les états financiers. Pas sur son adoption. Or, avant d’avoir un impact sur quoi que ce soit il faut déjà qu’il soit mis en place. L’éco-contrôle est une innovation. Les différents acteurs du domaine (contrôleurs, auditeurs, chercheurs…) devraient se le rappeler et prendre le temps d’y réfléchir : qu’est ce qui est susceptibles d’être enrôlé par l’éco-contrôle et d’enrôler à son tour quelqu’un d’autre, ou quelque chose d’autre, afin de constituer un réseau solide, un véritable mécanisme de régulation environnemental ?

Regardons l’ABC ou le tableau de bord : ces innovations comptables ont dû s’appuyer sur un réseau, des alliés, à tous les échelons de la hiérarchie, pour être mis en place. L’éco-contrôle devrait faire de même. D’ailleurs, ces deux outils, sont « facilement » adaptables (en théorie du moins). L’ABC prend en compte des ressources, consommées par des activités, elles-mêmes consommées par des objets de coûts. L’ABC est un outil qui permet de prendre en compte ce « qu’on veut ». L’environnement peut en faire partie. Pour le balanced scorecard, les deux auteurs de cette méthode (Kaplan et Norton), l’ont « révisée » pour prendre davantage en compte l’environnement. Cet outil est de nature à considérer autre chose que le seul actionnaire.

Pour finir : non les outils de comptabilité de management, dans leur utilisation actuelle, ne prennent pas en compte l’environnement. Oui, ils sont adaptables. Tous ? Certains plus facilement que d’autres, certes. Mais là encore, quel est le coût ? Quelle réorganisation cela demande ? Le temps ? Pour le seul outil qu’est l’ABC, à l’origine, il est déjà très complexe à mettre en œuvre. Plus de complexité n’aidera pas les entreprises. D’où la nécessité que l’ensemble des parties prenantes et des politiques s’investissent dans cette affaire.

Externalité et développement durable : l’utilisation du Global Reporting Initiative (GRI), une solution ?

Ami lecteur assidu de notre blogue, comme tu as pu très certainement le déduire par les lectures réalisées sur notre site, les externalités rentrent en jeux dans le triptyque de l’économie durable contenant les 3 pôles suivant : l’environnement, l’économie et le social. D’ailleurs, les synonymes d’externalité les plus souvent utilisés sont le coût externe ou encore coût social, ce qui met en lien l’aspect durable dans les actions réalisées au sein des organisations.

Mais Greg, « Comment peut-on faire pour avoir une idée générale de ce que réalise une organisation au sein de ses murs pour palier aux effets néfastes pouvant touchant ce triptyque si fragile ? ». Je répondrais tout d’abord qu’en théorie le développement durable sous entend être le point d’équilibre de ces 3 acteurs mis en commun. Mais il ne faut pas se leurrer, le pôle qui se taille la part du lion reste et restera encore bien longtemps celui de l’économie. J’entends déjà les mauvaises langues dire « mais quelle vision négative de la situation, les gens et les entreprises peuvent changer ! ». À ce discours, je rétorquerais en leur demandant si elles seraient d’accord de donner une partie de leur fortune, aussi maigre soit-elle, à une association caritative ou à son voisin par pure charité? La réponse la moins hypocrite serait non, cette petite question démontre l’importance du lien entre les humains (vous en l’occurrence, mais pas moins bien sur) et l’aspect économique qui peut toucher n’importe quelles transactions.

Enfin, cessons toute diatribe, pour revenir à nos moutons et vous dire qu’il existe depuis une dizaine d’années un guide sur la comptabilisation et la divulgation d’informations sur le développement durable, nommé GRI pour Global Reporting Information. Celui-ci essaye de reprendre l’ensemble des différents facteurs pouvant influencer positivement comme négativement le développement durable. Le GRI s’oriente sur les 3 grands thèmes de notre triptyque ayant chacun leurs propres indicateurs. Dans le cadre de notre blogue, ce sont les indicateurs du pôle environnemental qui seront pertinents dans le développement de notre sujet. De fait, afin de pouvoir évaluer et estimer des coûts externes, il faut préalablement pouvoir les distinguer pour ensuite les quantifier. À cette fin, il serait apprécié d’avoir un système qui nous aiguillerait sur l’impact que chaque entreprise peut avoir sur l’environnement dans le cours de ses activités courantes de fonctionnement. Mais comme des prédécesseurs ont eu la même idée que moi, ils ont créés la norme ISO 1400 offrant ainsi un cadre de référence général favorisant l’implantation d’un système de management de l’environnement (SME). Si vous avez directement fait défiler votre souris sur mon article, je vous conseillerais, afin d’avoir de plus amples informations sur ce qu’est le SME et ses enjeux, de lire le fabuleux article de mon confrère Jean-Pierre ! En espérant que vous avez les idées un peu plus claires, nous pouvons continuer en précisant que les SME utilisent des indicateurs financiers et non financiers afin de pouvoir essayer d’évaluer et estimer les coûts externes environnementaux. Et c’est à cet instant précis que mon grand Jéjé a dû vous éclairer sur les quelques techniques disponibles sur le « marché » qui essayent de supporter la dure tâche du pauvre comptable que nous sommes tous !

Après toutes ces étapes, on peut enfin intégrer les données recueillies par l’entremise de ces systèmes dans un rapport regroupant les divers indicateurs des 3 pôles donnant ainsi, une idée un peu plus précise, même si contestable, de l’impact de l’entreprise sur le développement durable. Contestable me direz-vous ? Oui parce que la validité et la pertinence du GRI peuvent être remises en cause sur plusieurs points. Tout d'abord, la comparaison ne peut être réellement effectuée de par le choix des indicateurs de performance, la mesure des éléments non mesurables et non spécifiques, la comparaison des mesures non comparables. De plus, comme ce rapport est très souvent réalisé dans les grandes entreprises de production à des fins marketing, l’information n’est pas toujours complète. En effet, celle-ci laisse libre cours à l’interprétation du lecteur, situation à mon avis voulue par l’entreprise elle-même, noyant ainsi le poisson dans un océan de réalisations positives de la part de l’entreprise sur l’environnement direct ; se donnant peut être un sentiment de déculpabilisation.

Le choix dans cet article du GRI n’est pas anodin. J’ai voulu montrer les multiples étapes et difficultés qu’il y a dès que l’on parle d’environnement dans sa globalité tout en intégrant dès lors, le concept d’externalités. Cela soulève un coin du voile sur la complexité des systèmes pouvant intégrer ces chers coûts sociaux même si parfois le résultat escompté n’est pas au rendez-vous !

En conclusion, je reprendrais les paroles citées par Neil Armstrong : « Ceci est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité ». Et de fait, si certaines personnes critiquent la pertinence de l’utilisation du GRI, même s’il est vrai que certains points ont été soulevés, il n’en demeure pas moins que cette nouvelle façon de voir les choses permet de lancer le débat sur les nouveaux défis qui nous attendent dans le futur ? L’inactivité n’est-elle pas plus néfaste qu’un essai imparfait ? Mais ne restons pas dupe, la priorité de l’adoption au sein des entreprises du GRI est souvent de nature économique, favorisant très souvent non pas le développement durable, mais bien la durabilité des bénéfices, vœux le plus pieux des très chers Dieux actionnaires !

vendredi 19 février 2010

Les externalités : concept et définition



Une définition des externalités que je trouve assez « consensuelle » est : Situation économique dans laquelle l'acte de consommation, ou de production, d'un agent influe positivement ou négativement sur la situation d'un autre agent non impliqué dans l'action. Le premier n’a pas à supporter le coût, ou ne reçoit pas de compensation de l’agent non impliqué, pour les dommages ou bénéfices engendrés et vice-versa. Cette définition est plus ou moins proche de celle que vous trouverez sur Wikipédia.

Le geste de A peut donc avoir des conséquences indirectes sur B, sans qu’il y ait la moindre contrepartie (financière ou autre). Un exemple d’externalité est celui où un agriculteur traite ses céréales avec des pesticides. Ces derniers s’introduisent dans le sol et les nappes d’eau souterraines. Celles-ci sont exploitées par la municipalité pour fournir de l’eau à ses citoyens. L’eau, néanmoins potable, provoque des irritations chez les plus jeunes ou encore des complications pour certaines personnes. L’agriculteur, selon la législation toutefois, n’a pas à être inquiété. Aucune compensation ne lui sera demandée pour « sa nuisance ». Dans le meilleur des cas, la municipalité mettra en place des systèmes de contrôle, des systèmes de filtrage, une campagne de sensibilisation pour ses concitoyens…dont le coût sera supporté par eux (la communauté) via différents impôts.

Étant un peu sadomaso (Et oui !) je pousse le raisonnement plus loin : l’agriculteur, s’il habite lui-même la municipalité, paiera sans doute d’une façon ou d’une autre les mesures prises par cette dernière…mais en tant que citoyen, pas en tant qu’agriculteur. Et puis les braves habitants de cette jolie et tranquille petite ville ne lui ont rien demandé ! Il nous casse les pieds avec ses pesticides celui-là ! Qu’on le pende ce pollueur par Toutatis ! Cela dit en passant, si vous connaissez la Bande Dessinée « Astérix », il faut que vous sachiez que son village, le dernier qui résiste aux Romains, est situé pas loin de chez moi, en Bretagne (si si je vous jure !). Hum…enfin bref. D’un autre côté, les braves habitants de la jolie et paisible petite commune n’ont pas l’intention d’acheter du maïs trop vite périssable. Après tout, qu’il continue de diffuser ses pesticides notre bon agriculteur. C’est quand même lui qui nous donne à manger !

Cher lecteur, maintenant que tu sais qu’il me manque une case, où veux-je en venir ? Il existe des externalités dont le coût n’est pas pris en charge par l’agent qui en est responsable (l’agriculteur), mais qui touchent un ou plusieurs autres agents (la municipalité, plus largement la communauté). Dans notre exemple, la communauté paye. Ce n’est pas toujours le cas.

De plus, une externalité peut-être négative (pollution d’une rivière par une usine), comme positive (vaccination d’une personne profitant à son entourage). Dans notre exemple, l’externalité est négative (eau du robinet de mauvaise qualité). L’agriculteur fournit certes des céréales comestibles à ses clients ; mais le coût de l’usage des pesticides sur son environnement n’est pas pris en compte.

On peut résumer les propos précédents par ce schéma (source Wikipédia) :


La littérature sur le sujet fait référence à une multitude d'externalités : les externalités techniques, pécuniaires, technologiques pour n'en citer que quelques-unes. Visitez le site de Wikipédia pour obtenir plus d'information à ce sujet. Ce qui nous intéresse dans le cas présent (le but de ce blog) est de faire le parallèle entre la comptabilité de management et l'externalité environnementale (tout simplement l'environnement). Notre ami Greg se fera un plaisir de vous parler plus en détails de l'environnement et notre grand Jean-Pierre de l'actualité sur le sujet.


jeudi 18 février 2010

Qu’est c’est ça une externalité environnementale ?!


Étant donné que mon collègue gaulois a campé les bases de ce qu’est une externalité, nous n’allons pas y revenir. Nous allons plutôt nous concentrer sur un sujet d’ordre plus spécifique à savoir les externalités environnementales. À la première lecture, les ¾ de la population vont dire « qu’est c’est ça ? ».Et là je reprendrais, en grand sage que je suis, les écrits de mon cher ami R. Stiglitz qui sont : « les coûts et les avantages d'une transaction non pris en compte lors d'une transaction de marché ». La pollution en général est un exemple on ne peut plus concret d’externalité négative. Un phénomène qui lie le domaine environnemental avec le domaine économique. Pourtant ces deux facteurs sont opposés. De fait, un des concepts fondamentaux de l’économie est la rareté. Or la pollution est un problème dû à son abondance ! Mais qu’est-ce que la pollution me direz-vous ? La pollution est un fait dont tout le monde pourrait donner une définition qui s’apparente mais n’est pas pour autant la même. En un mot toutefois, nous pouvons la définir comme la dégradation d'un biotope par l'introduction, généralement humaine, de substances ou de radiations entraînant une perturbation plus ou moins importante de l'écosystème[1].

Afin de parer à celle-ci, le législateur a mis en place un cadre réglementant les actions de l’homme sur l’environnement. Quelle belle idée me direz-vous ! Et je l’avoue, ce n’est pas moi qui vous contredirais ! Mais lorsque vient le temps de la quantifier et de la comptabiliser, le flou commence à pointer le bout de son nez. Surtout lorsque nous parlons d’externalités environnementales positives ou négatives. De fait, de par son caractère indirect, la majorité des gens est moins portée sur la question. Un jour, le grand sage Henri nous dis « lorsque tu appuies sur le piton de ton démarreur à distance pour faire dégeler ton windschield, sais-tu que c’est une action qui n’est pas grave pour le p’tit gars qui fait le geste, mais qui en fait est une externalité due à son impact sur l’environnement par la pollution de l’air qui devra un jour ou l’autre être supporté par un autre agent ?». C’est justement avec ce laïus que nous allons développer la suite de notre argumentaire. Et de fait, de quelle façon allons-nous pouvoir calculer la pollution engendrée par les 10 minutes moteur du p’tit gars qui tourne dans le vide ? D'ailleurs, c’est la même question que nous pouvons transposer à l’ensemble des secteurs industriels, étant donné que le but ultime de la comptabilisation est de pouvoir mettre un chiffre sur un fait. Cela afin de pourvoir l’inclure dans les états financiers. Ces derniers reflétant ainsi la réalité des actes posés par l’entreprise.

Dans ce cas-ci, nous parlerons t’internaliser les externalités environnementales. Oups ! Je suis sur qu’à la lecture de la dernière partie, je viens de perdre la moitié des lecteurs… « Internaliser » une externalité négative signifierait, pour une entreprise, qu’elle devra prendre en compte dans ses calculs d’opportunité les coûts associés à la dépollution ou à la dégradation de l’environnement. Et pour ceux qui sont plus visuels, j’en remets une couche avec un schéma basé sur l’équilibre de PARETO :





Dès lors, l’objectif de la régulation environnementale est d'internaliser les coûts provoqués par la pollution dans le prix du produit. Ainsi, les consommateurs ont tendance à acheter une quantité plus faible du produit incriminé qui est plus cher. De fait, les entreprises sont censées moins en produire car elles en tirent moins de bénéfices. Il faut avouer que sur le papier c’est beau…mais la réalité est toute autre. Nous sommes dans une ère de surconsommation dans l’ensemble des secteurs. Même l’amour est fortement touché ! Nous voulons tout, tout de suite ! Et cela à un prix modique. Ce cher Monsieur Pareto nous dit que nous, consommateurs, sommes prêts à payer plus en sachant que le produit prend en compte l’ensemble des externalités environnementales. Ce qui, dans le même temps, fera diminuer la demande, donc la production et, de fil en aiguille, la pollution directe et indirecte. Allez dire à la petite madame du coin que son kilo de banane va lui couter 6 $ parce que l’entreprise a pris en compte l’ensemble des coûts incluant ceux sur l’environnement. Je suis sûr qu’elle va se dire « Koudonc, va arrêter d’acheter des bananes et va prendre des pommes de l’île d’Orléans ».

En extrapolant, cet acte va avoir un effet direct sur la consommation de bananes et les externalités sociales dues aux manques de retombées économiques dans les pays producteurs de ce doux fruit. Nous pouvons encore extrapoler davantage. Si le coût des bananes augmente, celui des pommes augmentera lui aussi. Ce qui va faire diminuer leur consommation et ainsi augmenter le nombre de personnes sous vitaminés, ce qui influera sur le nombre croissant de malades qui seront assumés par le système de soin de santé. Ces coûts seront des externalités négatives dues à l’augmentation des prix, qui eux-mêmes seront influencés par la prise en compte des futures externalités environnementales des systèmes de production. Après avoir lu les quelques lignes du dessus, vous me direz, mais il est malade ! Et je répondrai « enfin quelqu’un qui m’a mis à jour !».

Le message que j’ai voulu faire passer par ma petite mise en situation est le suivant : dans notre système tout est tellement inter-relié que dès qu’il y a un petit changement dans un secteur, l’ensemble de l’économie peut être gravement touché. D’ailleurs cette démonstration peut-être entérinée par la crise de 2008. Quel est le lien entre le secteur bancaire et le gars qui vend des noix de coco ? De prime à bord il n’y en pas. Pourtant, l’ensemble des secteurs a été touché de plein fouet. Dès lors, tout changement doit être pris avec prudence. Y compris lorsqu’on parle « d’externalité environnementale » avec pour but de les « internaliser ». Les prendre en compte tout simplement. De toute façon, avant de pouvoir les comptabiliser il faudrait avant tout pouvoir les quantifier. Là est toute la difficulté.

De fait, les externalités sont un véritable casse-tête lorsqu’ arrive le moment de les quantifier pour les comptables. Cela est dû en partie à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, mais aussi au caractère souvent immatériel de chaque externalité. Afin de pouvoir étayer nos connaissances et notre compréhension, nous allons prendre comme exemple le rejet dans l’air de polluants, et tout particulièrement de carbone. La façon de calculer les rejets à l’air est assez simpliste : il suffit de calculer le volume émis par l’entreprise et la dispersion atmosphérique ainsi que leurs impacts. Par la suite, on calcule la valeur monétaire des effets. Jusqu’ici cela à l’air cohérent.

Pourtant, c’est à cet instant précis que nous pouvons commencer à remettre en question l’ensemble d’un tel fonctionnement. Premièrement, je me suis toujours demandé comment des entreprises et des états arrivent à calculer le nombre d’émissions de CO2 rejeté dans l’atmosphère aussi précisément qu’ils ne le font. Il est vrai que quelques milliers de tonnes en plus ou en moins, sur plusieurs centaines de millions, ne changeront pas notre mutation future en 3e œil mais tout de même. Deuxièmement, comment peut-on donner une valeur monétaire à de l’air qui n’appartient à personne tout en songeant que tout ce qui se négocie à un prix. Je ne me vois pas encore aller chez Métro demander un litre d’air contenant du CO2 à très haute concentration. Cela dit, avec l’ouverture du marché climatique de Montréal cela devrait être plus facile étant donné qu’il transige les contrats relatifs aux émissions de polluants atmosphériques et de GES (Gaz à Effets de Serre). Mais encore ici ma grand-mère dirait « Greg, ils sont fous, on transige n’importe quoi, où est le bon vieux temps !». J’acquiesce : où allons nous nous arrêter ? Cela équivaudrait à donner une valeur monétaire une vie. Ici le postulat serait : « Je te donne de fric, tu me donnes le droit de polluer ».

D’ailleurs, en 2004, les normes IFRS ont normalisé la comptabilisation des droits d’émissions, mais ceux-ci, comme par hasard, ont été retirés en 2005 suite aux pressions externes. Ces dernières ne doivent venir que des entreprises multinationales ainsi que des plus grands états pollueurs ! Arrivés ici nous pouvons déjà voir l’ampleur de la réalité. Attardons-nous un instant sur l’idée que même si les entreprises arrivent à quantifier et monnayer les rejets de CO2, quand est-il des dommages collatéraux ? Parce qu’une telle « externalité » crée bel et bien un dommage sur la population. De fait, les retombés des nuisances s’effectueront sur des périodes plus ou moins longues ce qui, rien que du point de vue financier, est déjà irréaliste en sachant qu’un dollar aujourd’hui ne vaut pas un dollar demain. De plus, la santé des gens sur le moyen ou long terme sera affectée et engendrera des frais médicaux, soit assumés par l’Etat, soit par les assurances qui de toute façon se rétribueront sur des cotisations (l’Etat par l’impôt ou le déficit).

Mais là ne s’arrête pas la démonstration, une population en moins bonne santé produit moins et consomme moins. Cela aura un impact sur l’économie. Dès lors, dans le calcul monétaire du rejet des GES, tous ces paramètres sont-ils pris en compte ? Cela dit, certaines langues me diront : « pourquoi les calculer étant donné que du point de vue macroéconomique l’ensemble mondial s’équilibrera part l’entremise de ladite pollution ? ».Pas fort…mais pas con non plus comme réflexion. Cette dernière sera très prochainement débattue par nos soins.

Tout ce qu’il faut retenir de tout ceci c’est que les externalités, en matière d’environnement, sont loin d’être uniquement bilatérales : elles concernent souvent des biens publics et ont alors des impacts sur de multiples parties. Aussi, l’intervention de l’État est nécessaire afin d’introduire, au sein des décisions des entreprises, la prise en compte des problèmes environnementaux auxquels elles contribuent par l’entremise de réglementations. Et cela, en espérant qu’elles soient suivies.


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pollution